lundi 13 janvier 2014 : Comment éviter de commettre au Sahel, les erreurs faites en Afghanistan ?

la reconstruction des Etats faillis et les leçons que l’on peut retirer de notre échec en Afghanistan, pour le Mali....

Nos erreurs collectives en Afghanistan ne vont-elles pas précisément faire du Sahel un nouvel Afghanistan ?

L’intervention des troupes françaises en Centre Afrique faisant suite à un an d’intervalle à l’intervention au Mali ne peut que nous interpeler. On nous rebat les oreilles depuis une décennie sur les succès de l’Afrique dont les taux de croissance nous font pâlir d’envie ; mais manifestement, certains pays sont en train d’imploser. Que se passe t- il en particulier au Sahel ?
Les pays sahéliens sont en fait confrontés à un faisceau de contraintes qui présentent de fortes analogies avec la désastreuse situation de l’Afghanistan. Certes les différences culturelles et géographiques entre ces deux mondes sont immenses. Mais comme en Afghanistan, la bombe démographique annoncée de longue date y est en train d’exploser. En doublant tous les vingt ans la population exerce une pression croissante sur les ressources naturelles. Comme en Afghanistan, cette crise environnementale se conjugue avec un sous investissement dans l’agriculture. Comme en Afghanistan la crise environnementale aiguise des tensions entre communautés qui jusqu’ici vivaient en relative bonne entente. Comme en Afghanistan la sous administration des zones rurales périphériques et l’effritement de la présence de l’Etat, absence de la gendarmerie, de la justice et de l’administration territoriale, laisse place au pouvoir de groupes mafieux mélangeant business fondé sur les trafics illicites et fondamentalisme religieux. Comme en Afghanistan ces groupes mafieux sont les seuls à offrir à une population très jeune confrontée à un chômage de masse, des perspectives en termes de revenu, d’ascension sociale et d’idéologie mobilisatrice. Enfin comme en Afghanistan ces groupes mafieux disposent de zones de repli inexpugnables au Fezzan Libyen où ils peuvent se ravitailler en armes.
Au total nous découvrons à travers les crises maliennes et centre africaines, l’ampleur gigantesque de la crise qui se développe dans un Sahel qui comptera plus de 200 millions d’habitants en 2050 : crise multiforme qui ne manquera pas de nous affecter directement, par la multiplication des prises d’otage, l’essor du trafic de cocaïne et d’armes, le terrorisme et bien sur l’immigration. Or l’analyse des modes d’intervention de la communauté internationale en Afghanistan montre que celle-ci par ses maladresses et ses erreurs de diagnostic, a finalement contribué à l’aggravation de la crise dans ce pays. Il est donc permis de s’inquiéter sérieusement de la manière dont la France sous traite aux mêmes organisations internationales qui ont contribué au désastre en Afghanistan, le soin de traiter ces questions au Sahel. Notre bureaucratie s’agite certes et organise des conférences… mais les mêmes causes provoquant les même effets, Serge Michailof souhaite attire votre attention sur l’ampleur des risques auxquels nous allons être rapidement confrontés.

- Maître de conférences à Sciences Po Paris
- chercheur associé à la fondation FERDI pour les études et la recherche en développement international (http://www.ferdi.fr/)
et à l’IRIS, l’institut de recherche international et stratégique (http://www.iris-france.org) ;
 un consultant régulier pour la Banque Mondiale (Il en a été pendant 8 ans un des directeurs régionaux) et diverses autres institutions d’aide.
 un spécialiste bien connu des pays dit « fragiles » et des problèmes de reconstruction dans les pays affectés par des conflits.
 conseiller de plusieurs gouvernements.
 conseiller économique du Premier Ministre de RDC.
Il était encore récemment (2004) le directeur exécutif chargé des opérations de l’Agence Française de Développement (AFD) et le vice Président opération de sa filiale secteur privé, la Proparco.
Il a passé antérieurement de très nombreuses années comme représentant de l’AFD dans divers pays africains. Il a été auparavant directeur d’un bureau d’études et ingénieur d’études.
Pendant une carrière de quarante cinq ans consacrée au développement des pays du Sud, il a ainsi travaillé dans plus de 65 pays, en Asie du Sud et de l’Est, en Amérique Latine, au Proche et Moyen Orient, dans certains pays de l’ex URSS et dans la plupart des pays africains.
Serge Michailof a fait ses études en France (HEC, licence de sociologie et doctorat d’économie) et aux Etats-Unis (MIT). Il a publié ou dirigé divers ouvrages, le dernier en date étant « Notre Maison Brûle au Sud » (Fayard- Commentaires : 2010). Il publie régulièrement de nombreux articles dans la presse quotidienne et les revues spécialisées que l’on peut retrouver sur son site internet : sergemichailof.fr.
Serge Michailof est administrateur du Conseil des Investisseurs français en Afrique (CIAN). Il est chevalier de la Légion d’Honneur, de l’ordre du Mérite français, et de l’ordre du Lion sénégalais.

Publié le lundi 25 novembre 2013, par Club de PMC, et mis à jour le 8 janvier 2014.